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Dans les coulisses du studio de design Jaguar

À l'occasion de cette incursion au cœur du studio de design, on verra comment les magiciens de Coventry arrivent en un peu moins de quatre ans à créer des modèles qui nous font rêver. Soit la même durée nécessaire à nos élites pour nous gratifier de la Constitution la plus inutile au monde.

Jaguar a toujours un mis un point d’honneur à garder son pôle de créativité loin des regards indiscrets, son département de design étant traditionnellement aussi accessible que la Closerie par un jeudi soir. Mais à l’occasion de l’emménagement dans un studio flambant neuf au Centre de Design et d’Ingénierie de Gaydon, la firme anglaise a fait une entorse à la règle en décidant d’ouvrir grand les portes à quelques privilégiées. Ces invités triés sur le volet se voient accorder une rare opportunité d’entrer dans le saint des saints pour y découvrir l’effervescence accompagnant la conception de la prochain cycle de design. On pourra s’y attarder sur l’intégralité du processus créatif étalé sur six étapes nécessaires à la création de nouveau modèles, des premiers croquis à la construction des modèles, en passant par l’élaboration des maquettes d’argile.

I. Le Dessin – Généralement 4 ans avant la présentation du modèle.

 

Le design d’une nouvelle Jaguar s’inscrit dans le cadre d’une compétition interne opposant les membres du studio. Les designers présentent leurs projets créatifs qui, au fur et à mesure, sont sélectionnés jusqu’à ce qu’il n’en soit retenu que quelques-uns. Pour chaque projet, on retient jusqu’à huit dessins extérieurs avant de passer à l’étape suivante.

8 projets créatifs retenus au bout de l’étape de dessin

Résolument différent, chacun doit avoir un caractère fort, et exprimer ce qui fait la spécificité du design Jaguar. A partir de ces dessins, les spécialistes du CAS (computer aided surfacing) génèrent une version numérisée, dont les données vont permettre de réaliser la maquette en argile. Dans le nouveau studio, les équipes peuvent passer du dessin au modèle en argile en seulement deux semaines.8 projets créatifs retenue au bout de l’étape de dessin.

II. Les modèles en argile

 

C’est la première manifestation du modèle ailleurs que sur une feuille ou un écran. Une équipe de 46 sculpteurs de haut niveau a la lourde tâche de créer le modèle de toutes pièces.

Tous les projets retenus lors de l’étape précédente prennent forme à l’échelle 1. Chaque designer travaille alors avec une équipe de sculpteurs pour que sa création prenne vie. Il faudra un sculpteur travaillant exclusivement sur l’avant, deux sur le profil, un autre sur l’arrière.

46 sculpteurs nécessaires par maquette en argile

Après un nouvel examen des projets, seulement trois d’entre eux sont retenus et réalisés en totalité, toujours en argile.  Chaque modèle en argile est placé sur l’un des vingt ascenseurs capable d’élever à un mètre du sol des maquettes d’argile pesant jusqu’à 4,5 tonnes.

Chaque maquette en argile est modelée sur une structure en mousse habillée d’un châssis en aluminium qui permet d’accrocher une couche de 90 mm d’argile. Les seuls éléments « réels » à ce stade sont les roues. L’argile est fraisée par les machines en suivant les relevés de l’équipe design, avant que le lissage et les finitions ne soient effectués par les sculpteurs. Une opération qui peut être achevée en deux semaines.

III. La Numérisation

 

Dès le début de la phase de conception, l’équipe d’infographistes part des dessins pour les convertir en  modèles 3D. C’est à partir de ces créations que sont réalisées les premières maquettes qui, une fois leurs finitions achevées, sont elles-aussi numérisées.

Le Studio de Design Jaguar compte également une équipe de composées d’experts issus des univers de la télévision, du cinéma, de la publicité et du jeu. Ces spécialistes travaillent en collaboration avec les des designers et de l’équipe de numérisation pour animer les modèles 3D dans des films immersifs qui permettent de placer des images fictives dans des environnements réels.

IV. Couleurs et matières

 

Les revêtements des sièges doivent survivre à un cycle de 60 000 abrasions simulant les agressions subies par le coussin en usage quotidien.

L’équipe « couleur et matières » est composée de spécialistes issus du monde de l’automobile, de la mode, de la joaillerie, et du design produits. La mission de tout ce beau monde reproduire sur les nouvelles créations l’ambiance So British, si chère à la marque du jaguar bondissant. Cette fine équipe réalise des maquettes grandeur nature afin d’assurer la parfaite adéquation du produit avec sa nouvelle destination. Plusieurs tests sont effectués, comme les revêtements des sièges qui doivent survivre à un cycle de 60 000 abrasions simulant les agressions subies par le coussin en usage quotidien.

Le même sens du détail s’applique aux couleurs et aux revêtements extérieurs dont l’élaboration, dans le cas d’une nouveauté, prend quatre ans. Les nouvelles couleurs font l’objet d’un long et difficile processus de tests. Des panneaux peints sont par exemple envoyés en Floride pendant deux ans pour être exposés à l’ardent soleil local. Elles subissent également des tests de résistance au « gravillonnage » par -20° et sont soumises à de longues phases d’humidité.

V. Le dessin technique

L’équipe la conception technique avancée s’assure que ce qui est dessiné est réalisable, et identifie les éventuels soucis techniques ou réglementaires afin d’y apporter des solutions créatives. Son action permet d’accélérer la résolution de problèmes complexes et facilite l’intégration d’autres équipes de l’entreprise au sein de Jaguar Design lorsqu’un problème se manifeste et doit être rapidement résolu.

VI. La construction d’un premier modèle optique

 

Lorsque l’un des dessins est sélectionné comme vision de référence, un nouveau modèle est moulé dans la résine, avec des phares non fonctionnels conçus en impression 3D, des grilles, des rétroviseurs et des roues à enjoliveurs uniques, une peinture de qualité et un vitrage en plexiglas.

À côté de ces modèles extérieurs, des intérieurs à l’échelle sont également réalisés. Ils sont équipés de vrais sièges, d’un volant, de surfaces taillées et peintes à la hauteur des « vrais » standards esthétiques. Ces modèles permettent de s’assurer que le cahier des charges global est respecté et peuvent être utilisés pour des opérations commerciales. Ils permettent enfin de vérifier que les contraintes techniques sont respectées.

Après la création du modèle en résine, une fois le design définitivement figé, on passe à l’étape de fabrication de modèles avec un niveau de détails plus élevé. Ils comportent des éléments en métal usiné, leurs phares sont fonctionnels, et leur développement prend en compte tous les éléments d’ingénierie.

Dernière étape du processus de design, la création du modèle sur lequel les détails sont les plus poussés : le Customer Design Reference Model. C’est un modèle intérieur/extérieur pouvant être conduit (à faible vitesse)  servant à présenter le modèle juste avant son entrée en production. Il est construit sur un châssis sur-mesure et la carrosserie est réalisée en nappage de carbone et fibre de verre. Ses phares sont totalement fonctionnels, il est doté de roues en aluminium usinées et son intérieur, totalement équipé, est doté d’un affichage opérationnel.

Au-delà de son caractère ludique, cette visite est une preuve s’il en fallait du travail de longue haleine qui précède le lancement d’un modèle. Un travail de l’ombre dont on ne se rend pas forcément compte en se faisant livrer son modèle chez le concessionnaire. Une entreprise qui n’obéit pas forcément au principe de parallélisme des formes si cher aux juristes : s’il faut quatre ans pour une création ex-nihilo, il suffira de quelques secondes pour planter cette merveille de design et d’ingénierie dans un acacia au retour d’une soirée un peu trop arrosée. Boire ou conduire, il faut choisir.

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