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Le blanc, couleur la plus vendue au monde.

Comme chaque année, Axalta, le géant américain de la peinture a publié son étude sur les couleurs les plus prisées par les automobilistes. Sans surprise, le blanc continue de dominer.

Un blanc-seing au niveau mondial…

La couleur blanche continue de dominer de la tête et des épaules un marché automobile qui semble plus que jamais acquis à sa cause. En 2019, plus d’une voiture vendue sur trois arborait fièrement un blanc immaculé, soit 38 %, contre 19 % pour la couleur noire, 13 % pour le gris, suivi de près par l’argent à 10 %.

Du coup, les quatre teintes les plus populaires au monde se partagent 80 % du marché automobile mondial, ne laissant que des miettes à la couleur bleue (7 %), rouge (6 %), Marron/beige (3 %) et jaune (2%), alors que le vert et les autres couleurs n’arrivent même pas à atteindre la barre du 1 %. 

…et sur tous les continents.

Géographiquement parlant, le blanc est leader sur quasiment tous les continents, avec une part de marché qui frise la moitié en Asie (49 %) et en Afrique (46 %). Il n’y a que l’Europe qui se démarque avec le gris qui prend la tête avec une très courte avance (24 % contre 23 % pour le blanc). À noter également la remontée du bleu en Europe et en Amérique du Nord, seuls territoires où il arrive à avoir une part de marché à deux chiffres. On peut voir derrière une volonté des constructeurs automobiles de relancer cette couleur, volonté qui se matérialise par leur tendance à dévoiler leur nouveautés avec des modèles de cette couleur. On pense notamment à la BMW Série 3, Le Porsche Macan phase 2, le VW T-Cross ou le DS3 Crossback.

Par ailleurs, l’étude permet également de faire état de quelques particularismes régionaux qui tranchent avec les tendances globalement constatées, comme la couleur rouge particulièrement prisée en Amérique du Nord et du Sud, au même titre que le marron/beige en Russie, une tendance que nous avons personnellement constatée sur place.

White is right !

Alors qu’on pensait quelques années plus tôt que le blanc était un effet de mode, force est d’avouer qu’il n’en est rien. Caracolant en tête des couleurs préférées des automobilistes depuis 7 ans maintenant, le blanc s’affirme comme une valeur sûre qui n’est pas prête de céder sa place de sitôt. Alors, pourquoi un tel plébiscite ?

En Asie, où le blanc pare quasiment une voiture vendue sur deux, cette couleur a une symbolique particulière. Bien que ça soit la couleur du deuil, au même titre que le noir dans le reste du monde, le blanc a toujours été perçu comme une couleur qui véhicule une impression de raffinement et de chic, d’où une popularité qui atteint 58 % des voitures vendues en Chine, premier marché mondial, rappelons-le.

En Afrique, point de recherche de raffinement, mais un certain sens pratique se cache derrière les 46 % des ventes globales du blanc. Une pareille popularité pourrait s’expliquer par les propriétés réfléchissantes du blanc sur un continent chaud et dans lequel tous les modèles proposés sont loin d’être équipés de l’air conditionné.  

Par extension, et sans avoir de chiffres, si l’on ne peut que constater le belle cote de popularité du blanc dans notre pays, on a du mal à expliquer la tendance d’associer le blanc de la carrosserie à des jantes noires. Cette malheureuse association n’est pas sans rappeler une spécialité locale : la combinaison chemisette-cravate, tendance lancée par notre vaillant contingent de fonctionnaires qui, non contents de battre des records d’improductivité, se permet de massacrer à sa façon l’univers de l’élégance masculine.

Triomphe du conformisme

Comme on aime bien faire de la psychologie de comptoir à la rédaction de Touring Club, nous nous laissons aller à la liberté de voir une forte symbolique dans cette vague blanche qui déferle sur le monde automobile.

En effet, on est tenté de dresser le parallèle entre cette solide tendance et l’appellation White Goods (électroménager en anglais). C’est assez représentatif de la perception que se fait le citoyen lambda de l’automobile au fil des décennies : de symbole d’émancipation voire vecteur de plaisir et de sensations fortes dans les années 60 et 70, l’automobile est davantage perçue de nos jours comme un équipement électroménager (le mouvement d’électrification aidant), vidé de son capital désir et réduit à un objet de commodité, fabriqué à la chaine et plombé par des restrictions de vitesse et d’émissions CO2. L’automobile devient un objet qu’on achète avec autant de détachement qu’un grille-pain ou un lave-linge. On commande désormais les voitures en ligne, sans les essayer, dans des configurations très similaires, comme une ode du conformisme et au politiquement correct.

D’ailleurs, cette propension au conformisme est corroborée par la rétrécissement du nuancier des voitures neuves. En voulant changer de voiture aujourd’hui, on peut commander la nouvelle dans plusieurs nuances de blanc, de noir ou de gris (pas loin de 50, diront certains). Quelques marques mises à part, il est désormais impossible de commander sa nouvelle voiture dans un distingué British Racing Green ou un jaune flamboyant et sportif. Même le bleu, jadis courant et disponible en plusieurs teintes, se réduit aujourd’hui à quelques rares nuances (quand il est proposé), et devient, bien malgré lui, le bastion d’une résistance vaillante mais désespérée à la dictature de la fadeur et du noir et blanc.

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